

C’est aujourd’hui la Journée Internationale des femmes, un jour pendant
lequel les femmes du monde entier célèbrent leur émancipation
et luttent contre ce qui freine cette libération. Aujourd’hui est pourtant
aussi un jour comme un autre, et 13 filles ou femmes seront tuées
au nom de "l’honneur", comme les trois femmes assassinées à Gaza
le 27 février, dans un crime où l’honneur est le mobile suspecté,
une femme assassinée à Sindh le 26, une femme battue à mort en
Jordanie le 23, et les deux filles tuées à coups de hache au Pakistan
le 22.
Aujourd’hui, à Londres, se tient au tribunal de Old Bailey, le procès
du meurtre pour "l’honneur" de Banaz Mahmoud Babakir Aghaune,
jeune fille de 20 ans originaire du Kurdistan Irakien, qui avait un
visage d’ange et assez de courage, malgré sa jeunesse, pour mettre
fin à un mariage forcé malheureux, et pour tenter de reconstruire
sa vie avec un partenaire qu’elle avait elle-même choisi.
Son corps mutilé fut retrouvé dans une caisse enterrée dans un
jardin appartenant à sa famille.

Femmes, propriété des hommes de la famille
Pour les familles qui suivent la doctrine de "l’honneur", les femmes sont
la propriété des hommes de la famille. Leur "honneur" réside dans leur
soumission et leur chasteté. Leur place est auxiliaire : en tant que fille,
épouse puis mère. Chaque moment de leur vie est défini et controlé
par les hommes de ce cercle, et toute tentative d’exprimer
leur personnalité et en particulier leur sexualité est fortement controlée.
La "honte" apportée à une famille par l’autonomie de la femme
est lavée par le meurtre.
Même de simples rumeurs peuvent suffire pour condamner
une femme à mort : Hamda Abu Ghanem, dont le meurtre a été connu
le 17 janvier, fut la huitième femme de cette famille arabe
israélienne à avoir été assassinée "au nom de l’honneur" en six ans.
Elle fut accusée d’avoir déshonnoré sa famille pour avoir eu de l
ongues conversations au téléphone et pour avoir été vue une fois
en compagnie d’un de ses cousins.

Le Fonds des Nations Unies sur la population estime qu’il y a plus de 5 000
Le Fonds des Nations Unies sur la population estime qu’il y a plus de
5 000 victimes chaque année des "crimes d’honneur’,
cependant rassembler des statistiques fiables est impossible par le
fait que souvent les naissances de filles ne sont pas enregistrées
et celles-ci vivent et meurent sans avoir été officiellement reconnues,
et à cause de la conspiration du silence créée par la famille,
en alliance avec la police, la justice et les services médicaux qui
sympathisent avec la "culture de l’honneur". Et bien plus innombrables
sont les femmes et filles qui vivent condamnées à ce que
Nyamko Sabuni appelle "l’oppression de l’honneur", qui,
par la menace du crime d’honneur, fait des femmes de
vraies prisonnières, trop effrayées pour affirmer leur indépendance
et leur statut et droits d’êtres humains à part entière.

Non intervention de la police
Un phénomène qui fut longtemps couvert par l’ignorance et l’obscurité
a été mis en lumière et de nombreux pays ont dû prendre en compte
cette forme brutale et patriarcale de violence et d’oppression.
Cependant, il reste encore beaucoup à faire pour mobiliser
la société contre de tels crimes. Banaz Mahmoud Abakir Agha
a rapporté ses craintes à plusieurs reprises à la Police
Métropolitaine de Londres, y compris en donnant les noms
des hommes qui sont actuellement jugés. Aucune protection ne lui
a été accordée, ce qui est une faute dont la société britanique
est coupable comme le sont les assassins. La répulsion que provoque
de tels crimes sanguinaires ne doit en aucun cas être utilisée
pour développer des attitudes racistes. Le racisme de la
société contre des minorités décourage la majorité qui s’oppose à
ces meurtres de les dénoncer par crainte de subir encore
plus de discriminations.
Pour changer l’actuelle situation, toutes et tous doivent se sentir
aptes à en parler collectivement dans un esprit de coopération,
d’ouverture et avec une ferme volonté de prendre en compte cette question.Chargé d’enquêter sur le meurtre d’Hamda Abu-Ghanem,
l’officier de police Yifrah Duchovny disait :
"Le plus difficile dans ces scènes de meurtre c’est le silence,
à chaque fois mon estomac se retourne en trouvant le corps
d’une jeune fille dans une maison silencieuse.
Tout le monde reste silencieux. Il n’y a pas de pleurs,
pas de cris et pas de coopération."
Mais ce silence fut rapidement brisé par une forte révolte
des femmes de la famille Abu-Ghanem. Vingt femmes se sont
levées courageusement et ont témoigné contre les hommes
de leur famille, malgré le danger auquel elles devaient faire face.
La solidarité de ces femmes dans leur unité contre leurs
oppresseurs est un symbole de la fierté des femmes
qui devrait être célébré aujourd’hui, Journée Internationale
des femmes, un jour comme un autre, un jour où treize
femmes et filles seront assassinées au nom de "l’honneur".


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